Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française
W ou Le souvenir d'enfance (L'Imaginaire t. 293) Details
"Il y a dans ce livre deux textes simplement alternés ; il pourrait presque sembler qu'ils n'ont rien en commun, mais ils sont pourtant inextricablement enchevêtrés, comme si aucun des deux ne pouvait exister seul, comme si de leur rencontre seule, de cette lumière lointaine qu'ils jettent l'un sur l'autre, pouvait se révéler ce qui n'est jamais tout à fait dit dans l'un, jamais tout à fait dit dans l'autre, mais seulement dans leur fragile intersection. L'un de ces textes appartient tout entier à l'imaginaire : c'est un roman d'aventures, la reconstitution, arbitraire mais minutieuse, d'un fantasme enfantin évoquant une cité régie par l'idéal olympique. L'autre texte est une autobiographie : le récit fragmentaire d'une vie d'enfant pendant la guerre, un récit pauvre d'exploits et de souvenirs, fait de bribes éparses, d'absences, d'oublis, de doutes, d'hypothèses, d'anecdotes maigres. Le récit d'aventures, à côté, a quelque chose de grandiose, ou peut-être de suspect. Car il commence par raconter une histoire et, d'un seul coup, se lance dans une autre : dans cette rupture, cette cassure qui suspend le récit autour d'on ne sait quelle attente, se trouve le lieu initial d'où est sorti ce livre, ces points de suspension auxquels se sont accrochés les fils rompus de l'enfance et la trame de l'écriture."Georges Perec.

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W ou le souvenir d'enfance est un des sommets de l'oeuvre de Georges Perec. Ce "roman" est constitué de deux récits alternés - et en fait de trois histoires : d'une part, des souvenirs épars de l'enfance de Perec (les images floues de ses parents disparus pendant la guerre, des épisodes alpestres consécutifs à sa fuite en zone libre, quelques souvenirs plus précis des tantes et cousins qui l'ont accueilli), d'autre part, deux histoires purement fictives : celle d'un déserteur qui a usurpé une identité qui le rattrape et, partie la plus considérable du roman, la description des moeurs et coutumes d'une île où le sport est principe supérieur, l'olympisme valeur fondamentale, la compétition entre athlètes règle quotidienne. Une société parfaitement fasciste.Naturellement, de multiples correspondances sont tissées entre ces trois plans. Si le récit autobiographique touche par sa modestie et sa simplicité (et rappelle un peu Modiano), les récits imaginaires enthousiasment par leur verve, leur burlesque, leur délire (et rappellent un peu Bolano). Le tragique éclaire le comique, la mémoire nourrit l'imagination, l'auteur est un et multiple : W est un chef d'oeuvre.


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